Attention et mémoire

Conception de la mémoire de travail

La vision la plus influente en cognition humaine est fondée sur la prémisse que l’architecture cognitive se divise en modules distincts en fonction de la nature de l’information à traiter (p. ex., Baddeley, 2000; Wickens, 1992). Toutefois, nous avons réalisé une série d’expériences qui montrent que les mémoires à court terme verbale et spatiale sont équivalentes sur le plan fonctionnel, du moins en ce qui concerne le traitement de l’ordre. En effet, les deux présentent des courbes de positions sérielles et un patron d’erreurs similaires (Guérard & Tremblay, 2008). Le traitement de l’information verbale et celui de l’information spatiale sont sensibles aux effets de l’interférence (p. ex., Tremblay, Nicholls, Parmentier & Jones, 2005), peuvent bénéficier de l’effet de répétition de Hebb (Couture & Tremblay, 2006), et peuvent engendrer des effets de distinction (Guérard, Neath, Surprenant & Tremblay, 2010). En se basant sur des travaux empiriques récents, les processus cognitifs fondamentaux en cognition tels que le traitement de l’ordre en mémoire (p. ex., Tremblay et al., 2006) et le déploiement de l’attention dans le temps (p. ex., Tremblay, Vachon, & Jones, 2005) semblent mieux représentés par une vision non modulaire de la cognition. Selon cette perspective, la multiplication des modules est superflue, et les explications basées sur la nature des processus plutôt que sur le type d’information traitée peuvent mieux rendre compte d’une grande variété de phénomènes en cognition humaine.

Alternance de tâche et mémoire sérielle

Le coût associé à l’alternance entre des tâches cognitives relativement simples a été abondamment étudié dans les dernières décennies. Une multitude de données empiriques suggère que d’alterner d’une tâche à l’autre allonge les temps de réponse et cause davantage d’erreurs, comparativement à l’exécution répétée d’une seule et même tâche. D’un point de vue écologique, on peut se demander à quel point les résultats de ces études en laboratoire sur l’alternance de tâches peuvent être généralisés à des tâches différentes et plus complexes. Les diverses expériences que nous avons menées ne révèlent aucun coût à alternance entre des tâches de mémoire sérielle (et, dans certains cas, un effet bénéfique de l’alternance). Ces résultats remettent en question la vision répandue et largement acceptée que l’alternance de tâches entraîne un coût considérable pour la performance peu importe la nature des tâches cognitives accomplies.

Traitement de l’information spatiale en mémoire sérielle

Au cours des quarante dernières années, la majorité des études sur la mémoire sérielle ont été consacrées à l’étude de la mémoire verbale alors que peu de connaissances ont été accumulées sur la mémoire spatiale. Nous avons mené une série d’expériences dans le but d’examiner s’il existe une forme d’auto-répétition visuo-spatiale et d’établir si les mouvements des yeux peuvent s’avérer un bon candidat pour supporter ce mécanisme (voir Figure 1). Nous sommes également intéressés à tester l’influence de l’organisation perceptuelle sur la mémoire sérielle. Par exemple, nous avons montré que la distribution spatiale des items à mémoriser rend plus difficile le rappel de ces items que lorsqu’ils proviennent d’une seule localisation spatiale (voir l'image à droite).

Apprentissage de séquence

L’apprentissage de séquence est une fonction essentielle de la cognition et supporte des activités de base telles que le langage et l’acquisition d’habiletés diverses. Une démonstration classique de l’apprentissage de séquence est celle de l’effet de répétition de Hebb dans lequel le rappel sériel d’une liste répétée s’améliore progressivement en fonction des répétitions, comparativement au rappel sériel de listes aléatoires. Les différentes expérimentations que nous avons effectuées ont révélé que le mécanisme d’apprentissage n’est pas uniquement verbal et transcende la nature du matériel à apprendre (Couture & Tremblay, 2006), qu’il peut mener à des comportements d’anticipation tels que dévoilé par les mouvements des yeux qui se portent sur la localisation des cibles avant leur apparition (Tremblay & Saint-Aubin, 2009), et que l’apprentissage des erreurs peut être confondu avec l’absence d’apprentissage (Lafond, Tremblay & Parmentier, 2010). En effet, les réponses erronées sont de plus en plus reproduites au fur et à mesure des répétitions (Couture, Lafond & Tremblay, 2008), ce qui indique que les participants « apprennent » involontairement et répètent leurs erreurs. Les recherches futures se concentreront sur la robustesse de l’apprentissage de séquence en présence de vulnérabilités potentielles dans l’organisation de la séquence répétée. Dans l’ensemble, nos résultats posent des contraintes sur la modélisation de l’effet de Hebb et apportent des renseignements probants sur la mémoire humaine et l’apprentissage.

Références